Comprendre les IPO

Réduction des ordres en introduction en Bourse : comprendre l'allocation et le taux de service

Par Rémi de Truchis de Varennes9 min de lecture

Sommaire

Lors d'une introduction en Bourse, votre ordre est réduit lorsque la demande totale dépasse le nombre d'actions offertes : on parle alors d'offre sursouscrite, et chaque investisseur ne reçoit qu'une partie des titres demandés. La proportion servie s'appelle le taux de service. Cet article explique comment se déroule l'allocation dans l'offre destinée aux particuliers, comment fonctionnent les fractions d'ordres, ce que vous recevez et payez réellement, et comment lire le communiqué qui annonce le résultat de l'opération.

Pourquoi les ordres sont-ils réduits lors d'une introduction en Bourse ?

Une introduction en Bourse porte sur un nombre d'actions fixé à l'avance (éventuellement augmenté par une clause d'extension). Si les investisseurs demandent au total plus d'actions qu'il n'y en a de disponibles, il est impossible de servir tout le monde intégralement. Les ordres sont donc réduits selon des règles décrites dans le prospectus.

Plusieurs facteurs expliquent qu'une offre soit sursouscrite :

  • une société connue du grand public, qui attire beaucoup de particuliers ;
  • un prix jugé attractif par les investisseurs institutionnels ;
  • une offre de petite taille par rapport à la demande ;
  • un contexte de marché favorable aux nouvelles cotations.

À l'inverse, si l'offre n'est pas entièrement souscrite, les ordres sont généralement servis en totalité, mais l'opération peut être réduite, reportée, voire annulée si un seuil minimal de souscription n'est pas atteint lorsque le prospectus en prévoit un. Pour revoir le déroulement complet d'une opération, consultez notre guide complet de l'introduction en Bourse.

Comment fonctionne l'allocation dans une IPO ?

Deux offres, deux méthodes d'allocation

En France, une introduction en Bourse comporte en général deux volets : l'offre à prix ouvert (OPF), destinée aux particuliers, et le placement global, réservé aux investisseurs institutionnels. Le détail de cette organisation est expliqué dans notre article sur la différence entre OPF et placement global.

Les deux volets ne sont pas alloués de la même façon :

Offre au public (OPF) Placement global
Investisseurs Particuliers Institutionnels
Méthode d'allocation Règles mécaniques publiées dans le prospectus Choix discrétionnaire des banques, en accord avec la société
Critères Taille de l'ordre, fractions d'ordres Qualité perçue de l'investisseur, horizon, ordre passé pendant le bookbuilding
Transparence Résultat publié (taux de service par fraction) Peu de détail public

Dans l'OPF, l'allocation suit donc des règles objectives et identiques pour tous : à ordre égal, deux particuliers sont servis de la même façon, quel que soit leur courtier.

La répartition entre OPF et placement global

Le prospectus indique quelle part de l'offre est destinée en principe à l'OPF. Cette répartition peut toutefois être ajustée en fonction de la demande constatée dans chaque volet, dans les limites prévues par la note d'opération. Une forte demande des particuliers peut ainsi conduire à augmenter la part de l'OPF, et inversement. Ces modalités figurent dans la section consacrée aux conditions de l'offre.

Les fractions d'ordres A1 et A2

Dans de nombreuses introductions en Bourse françaises, les ordres passés dans l'OPF sont découpés en fractions d'ordres :

  • la fraction A1 correspond à la première tranche de l'ordre, jusqu'à un nombre d'actions fixé par le prospectus ;
  • la fraction A2 correspond à la partie de l'ordre qui dépasse ce seuil.

Le principe est de favoriser les petits ordres : en cas de sursouscription, les fractions A1 sont servies en priorité, ou avec un taux de service plus élevé que les fractions A2. Un investisseur qui demande une quantité modeste a donc plus de chances d'être servi intégralement qu'un investisseur qui passe un ordre important.

Attention : le seuil séparant A1 et A2, ainsi que l'existence même de ce mécanisme, dépendent de chaque opération. La seule référence fiable est la note d'opération de l'introduction concernée.

Réduction proportionnelle et arrondis

Lorsqu'une fraction ne peut pas être servie entièrement, elle est en général réduite proportionnellement : chaque ordre de cette fraction reçoit le même pourcentage de ce qu'il demandait. Comme on ne peut pas allouer une fraction d'action, le résultat est arrondi à un nombre entier selon les règles précisées dans le prospectus, souvent à l'unité inférieure.

Cet arrondi a un effet concret sur les petits ordres. Si vous demandez 10 actions et que le taux de service est faible, le calcul peut aboutir à moins d'une action, et donc à zéro titre alloué si les règles prévoient un arrondi vers le bas, sauf modalité particulière prévue par le prospectus.

Qu'est-ce que le taux de service ?

Le taux de service est le rapport entre le nombre d'actions effectivement allouées et le nombre d'actions demandées :

Taux de service = actions allouées / actions demandées

Un taux de service de 100 % signifie que les ordres ont été servis intégralement. Un taux de 30 % signifie que les investisseurs concernés ont reçu environ 30 % des actions demandées, aux arrondis près.

Lorsque l'OPF comporte des fractions A1 et A2, le communiqué de résultat donne souvent un taux de service par fraction. C'est cette information qui vous permet de vérifier que l'allocation reçue de votre courtier est cohérente.

Exemple fictif de réduction d'un ordre

L'exemple suivant est entièrement fictif et sert seulement à illustrer le calcul. Imaginons une OPF dans laquelle :

  • la fraction A1 couvre les ordres jusqu'à 200 actions ;
  • le prix d'introduction est fixé à 20 € ;
  • le communiqué annonce un taux de service de 60 % pour les fractions A1 et de 10 % pour les fractions A2 ;
  • les arrondis se font à l'unité inférieure.

Vous aviez passé un ordre de 500 actions. Il se décompose ainsi :

Fraction Actions demandées Taux de service Actions allouées
A1 200 60 % 120
A2 300 10 % 30
Total 500 30 % 150

Vous recevez 150 actions au lieu de 500. Votre taux de service global est de 30 %. Vous êtes débité de 150 × 20 € = 3 000 €, augmentés des éventuels frais de votre courtier, et non des 10 000 € correspondant à votre ordre initial.

Un autre investisseur qui n'aurait demandé que 100 actions recevrait 60 actions : son taux de service (60 %) est deux fois supérieur au vôtre. C'est l'effet recherché par le mécanisme des fractions.

Que recevez-vous et que payez-vous réellement ?

Le montant prélevé

Selon les courtiers, le montant correspondant à votre ordre complet peut être bloqué ou provisionné sur votre compte pendant la période de souscription. Après l'allocation :

  • vous êtes débité uniquement pour les actions allouées, au prix d'introduction définitif ;
  • la différence est libérée ou remboursée sur votre compte, dans un délai qui dépend de votre établissement ;
  • des frais de courtage peuvent s'appliquer, selon la grille tarifaire de votre intermédiaire.

Pour comprendre ce qui peut vous être facturé, consultez notre article sur les frais d'une introduction en Bourse.

Le prix payé

Dans une offre à prix ouvert, vous passez votre ordre à l'intérieur d'une fourchette indicative, et le prix définitif est fixé à l'issue du bookbuilding. Tous les particuliers servis paient le même prix, celui annoncé dans le communiqué de résultat. Le mécanisme de fixation du prix est détaillé dans notre article sur le prix d'introduction et le bookbuilding.

La livraison des titres

Les actions allouées apparaissent sur votre compte (compte-titres ou PEA si l'opération y est éligible) à la date de règlement-livraison indiquée dans le calendrier de l'opération. Selon le calendrier retenu, les négociations peuvent débuter avant cette date, parfois sous forme de promesses d'actions : il est alors possible que vous ne puissiez pas vendre vos titres dès la première séance tant qu'ils ne sont pas inscrits sur votre compte. Renseignez-vous auprès de votre courtier.

Comment lire le communiqué de résultat d'une introduction en Bourse ?

À l'issue de la période d'offre, la société publie un communiqué de résultat (souvent intitulé « Succès de l'introduction en Bourse » ou équivalent). Euronext publie également un avis de résultat. Voici les informations à repérer :

  • le prix d'introduction définitif, et sa position dans la fourchette indicative (bas, milieu ou haut) ;
  • la taille de l'offre, en nombre d'actions et en montant, et l'exercice éventuel de la clause d'extension ;
  • le niveau de sursouscription, parfois exprimé en nombre de fois l'offre (« sursouscrite X fois ») ;
  • la répartition entre OPF et placement global finalement retenue ;
  • le taux de service de l'OPF, par fraction d'ordre lorsqu'il y en a ;
  • l'option de surallocation éventuelle et la période de stabilisation ;
  • la date de début des négociations et la date de règlement-livraison.

Un taux de sursouscription élevé indique une forte demande au moment de l'offre, mais il ne garantit en rien la performance du titre en Bourse. Les mécanismes de la clause d'extension et de la surallocation sont expliqués dans notre article dédié à la clause d'extension et l'option de surallocation.

Peut-on augmenter ses chances d'être servi ?

Il n'existe pas de méthode garantie, et il faut se méfier des stratégies qui consistent à surdimensionner son ordre en anticipant une réduction. Quelques points de prudence :

  • N'engagez que le montant que vous accepteriez d'investir en totalité. Si l'offre est moins demandée que prévu, votre ordre peut être servi intégralement.
  • Respectez les règles de l'offre. Le prospectus prévoit souvent qu'un investisseur ne passe qu'un seul ordre, et que les ordres multiples peuvent être écartés ou réduits.
  • Vérifiez la date limite de votre courtier. Elle peut être antérieure à la clôture officielle de l'OPF.
  • Gardez en tête le risque de perte en capital. Être servi n'est pas une bonne nouvelle en soi : une introduction peut coter en dessous de son prix d'offre.

Pour connaître les démarches pratiques, lisez notre guide pour participer à une introduction en Bourse en tant que particulier. Sur IPO Arena, vous pouvez suivre le calendrier des opérations à venir et retrouver, pour chaque IPO, les principales conditions de l'offre.

Questions fréquentes

Pourquoi n'ai-je reçu qu'une partie des actions demandées ?

Parce que l'offre a été sursouscrite : la demande totale dépassait le nombre d'actions disponibles. Les ordres de l'OPF ont alors été réduits selon les règles prévues dans le prospectus, souvent proportionnellement et par fraction d'ordre. Le communiqué de résultat indique le taux de service appliqué.

Suis-je débité du montant total de mon ordre ?

Non, vous ne payez que les actions effectivement allouées, au prix d'introduction définitif, plus les éventuels frais de votre courtier. Le montant de votre ordre complet peut toutefois être bloqué pendant la période d'offre, puis libéré après l'allocation.

Qu'est-ce qu'une fraction d'ordre A1 ?

C'est la première tranche d'un ordre passé dans l'OPF, jusqu'à un nombre d'actions fixé par le prospectus. En cas de sursouscription, les fractions A1 sont généralement servies en priorité ou avec un taux de service plus élevé que les fractions A2, ce qui favorise les petits ordres. Le seuil exact varie d'une opération à l'autre.

Où trouver le taux de service d'une introduction en Bourse ?

Le taux de service figure dans le communiqué de résultat publié par la société à l'issue de l'offre, ainsi que dans l'avis de résultat publié par Euronext. Votre courtier vous communique ensuite le nombre d'actions qui vous ont été attribuées.

Peut-on recevoir zéro action en souscrivant à une IPO ?

Oui, c'est possible lorsque le taux de service est très faible et que l'application des arrondis conduit à moins d'une action pour un petit ordre. Les règles d'arrondi sont précisées dans la note d'opération de chaque introduction.