Comprendre les IPO

Clause d'extension et option de surallocation (greenshoe) : comment ça marche en IPO

Par Rémi de Truchis de Varennes7 min de lecture

Sommaire

La clause d'extension et l'option de surallocation (ou greenshoe) sont deux mécanismes qui permettent d'augmenter le nombre d'actions vendues lors d'une introduction en Bourse quand la demande est forte. La clause d'extension est décidée au moment de la fixation du prix, tandis que l'option de surallocation est liée à la stabilisation du cours pendant les premières semaines de cotation. Cet article explique le fonctionnement de chacun, leurs différences, et les illustre par un exemple chiffré fictif.

Qu'est-ce que la clause d'extension dans une introduction en Bourse ?

La clause d'extension permet à la société (et, le cas échéant, aux actionnaires cédants) d'augmenter la taille de l'offre initiale si la demande le justifie. Elle est prévue dans le prospectus, qui en fixe le plafond, exprimé en pourcentage du nombre d'actions initialement offertes. En pratique, ce plafond est fréquemment de 15 % de l'offre initiale sur la place de Paris, mais seul le prospectus de l'opération fait foi.

Ses caractéristiques principales :

  • Elle est décidée au moment de la fixation du prix, à l'issue de la période de souscription, par la société et en accord avec les banques qui organisent l'opération.
  • Elle est définitive : les actions supplémentaires sont émises ou cédées en même temps que le reste de l'offre, au même prix.
  • Elle n'est pas obligatoire : même avec une forte demande, la société peut choisir de ne pas l'exercer, ou de ne l'exercer que partiellement.

Si l'extension porte sur des actions nouvelles, elle augmente le montant levé par la société et donc la dilution des actionnaires existants. Si elle porte sur des actions existantes, elle permet à des actionnaires de vendre davantage. Pour bien distinguer ces deux cas, consultez notre article sur les actions nouvelles et les actions cédées.

Qu'est-ce que l'option de surallocation ou greenshoe ?

Le principe

L'option de surallocation est une option accordée par la société ou par certains actionnaires aux banques chargées de l'introduction (souvent représentées par un agent stabilisateur). Elle porte sur un nombre d'actions supplémentaires, dans une limite fixée par le prospectus et encadrée par la réglementation européenne. Cette limite est le plus souvent de 15 % de l'offre (après exercice éventuel de la clause d'extension).

Le terme anglais greenshoe vient du nom de la première société à avoir utilisé ce mécanisme aux États-Unis, la Green Shoe Manufacturing Company.

Comment fonctionne la surallocation

Le mécanisme se déroule en trois temps :

  1. Au moment de l'introduction, les banques allouent aux investisseurs plus d'actions que le nombre prévu par l'offre (c'est la surallocation). Pour livrer ces actions supplémentaires, elles les empruntent, généralement auprès d'actionnaires existants.
  2. Pendant la période de stabilisation, l'agent stabilisateur peut racheter des actions sur le marché si le cours passe sous le prix d'introduction. Ces achats soutiennent le cours.
  3. À la fin de la période, les banques doivent rendre les actions empruntées. Elles utilisent pour cela les actions rachetées sur le marché, et/ou exercent l'option de surallocation pour obtenir les actions manquantes au prix d'introduction.

Les banques se retrouvent ainsi dans une position équilibrée quel que soit le scénario, et le mécanisme peut amortir les premières variations de cours.

Qu'est-ce que la période de stabilisation ?

La stabilisation est encadrée par le règlement européen sur les abus de marché (règlement MAR) et son règlement délégué. Pour une introduction en Bourse, elle ne peut durer que pendant une période limitée suivant le début des négociations, au maximum 30 jours calendaires. Le prospectus en précise les dates et désigne l'agent stabilisateur.

Plusieurs règles encadrent ces interventions :

  • les achats de stabilisation ne peuvent pas être réalisés au-dessus du prix d'offre ;
  • la stabilisation est une faculté, pas une obligation : rien ne garantit que l'agent interviendra, ni que ses interventions suffiront à maintenir le cours ;
  • les opérations de stabilisation doivent être rendues publiques, et un communiqué est publié à l'issue de la période.

Pour l'investisseur, cela signifie qu'un cours proche du prix d'introduction pendant les premières semaines peut être en partie soutenu artificiellement. La fin de la période de stabilisation est donc une date à noter, au même titre que la fin des engagements de conservation, expliquée dans notre article sur le lock-up en Bourse.

Quelle différence entre clause d'extension et option de surallocation ?

Clause d'extension Option de surallocation (greenshoe)
Qui décide La société (et les cédants), avec les banques Les banques, via l'agent stabilisateur
Quand Au moment de la fixation du prix Pendant ou à la fin de la période de stabilisation
Plafond Fixé par le prospectus, souvent 15 % de l'offre initiale Fixé par le prospectus, dans la limite réglementaire, souvent 15 % de l'offre
Objectif Répondre à une demande forte Permettre la stabilisation du cours après l'introduction
Caractère Définitif dès la fixation du prix Exercé totalement, partiellement ou pas du tout selon l'évolution du cours

Les deux mécanismes peuvent se cumuler. Dans ce cas, l'offre totale maximale peut être sensiblement plus importante que l'offre initiale, ce qui modifie aussi la part du capital cotée. Cet aspect est développé dans notre article sur le flottant en Bourse.

Exemple chiffré fictif : clause d'extension et greenshoe

L'exemple suivant est entièrement fictif. Il sert uniquement à illustrer les calculs et ne correspond à aucune opération réelle.

Une société lance une introduction en Bourse avec les caractéristiques suivantes :

  • offre initiale : 1 000 000 actions ;
  • clause d'extension : jusqu'à 15 % de l'offre initiale ;
  • option de surallocation : jusqu'à 15 % de l'offre après extension ;
  • prix d'introduction fixé à 10 €.

Étape 1 : la clause d'extension

La demande est forte et la société exerce intégralement la clause d'extension :

  • actions supplémentaires : 1 000 000 × 15 % = 150 000 actions ;
  • taille de l'offre après extension : 1 150 000 actions.

Étape 2 : la surallocation

Les banques allouent en plus le maximum prévu :

  • actions surallouées : 1 150 000 × 15 % = 172 500 actions, empruntées auprès d'un actionnaire existant ;
  • nombre total d'actions allouées aux investisseurs : 1 150 000 + 172 500 = 1 322 500 actions, soit 13 225 000 € au prix de 10 €.

Étape 3 : deux scénarios à la fin de la stabilisation

Scénario Ce qui se passe Résultat pour l'option
Le cours reste au-dessus de 10 € L'agent stabilisateur n'a pas besoin d'acheter sur le marché L'option est exercée en totalité : 172 500 actions sont émises ou cédées à 10 € pour rendre les titres empruntés
Le cours passe sous 10 € L'agent rachète par exemple 100 000 actions sur le marché pour soutenir le cours L'option n'est exercée que pour 72 500 actions, les 100 000 actions rachetées servant à rembourser une partie du prêt

Dans le premier scénario, l'offre définitive atteint 1 322 500 actions. Dans le second, elle est de 1 222 500 actions. Le communiqué de fin de stabilisation indique le nombre d'actions effectivement concernées par l'exercice de l'option.

Ce que ces mécanismes changent pour un investisseur particulier

Ces clauses ont des conséquences concrètes que vous pouvez anticiper en lisant les documents de l'opération :

  • Sur votre allocation : l'exercice de la clause d'extension augmente le nombre d'actions disponibles, ce qui peut améliorer le taux de service en cas de sursouscription. Les règles de réduction des ordres sont détaillées dans notre article sur l'allocation et la réduction des ordres.
  • Sur la dilution : si l'extension et l'option portent sur des actions nouvelles, le nombre total d'actions de la société augmente.
  • Sur le cours : la stabilisation peut limiter une baisse dans les premières semaines, mais elle n'empêche pas le cours de passer durablement sous le prix d'introduction, ni pendant ni après la période.
  • Sur la lecture du succès : l'exercice intégral de la clause d'extension signale une demande forte au moment de l'offre, sans rien garantir pour la suite.

Ces informations se trouvent dans la note d'opération, à la section des conditions de l'offre, puis dans le communiqué de résultat. Pour situer ces mécanismes dans l'ensemble du processus, reportez-vous à notre guide complet de l'introduction en Bourse. Sur IPO Arena, vous pouvez suivre les introductions à venir et retrouver les principales caractéristiques de chaque offre.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le greenshoe en Bourse ?

Le greenshoe est le nom courant de l'option de surallocation. Elle permet aux banques d'allouer davantage d'actions que prévu lors d'une introduction en Bourse, puis de stabiliser le cours pendant une période limitée. À la fin de cette période, l'option est exercée totalement, partiellement ou pas du tout selon l'évolution du cours.

Quelle est la différence entre clause d'extension et option de surallocation ?

La clause d'extension augmente la taille de l'offre au moment de la fixation du prix et elle est définitive. L'option de surallocation est liée à la stabilisation du cours après l'introduction : son exercice dépend du comportement du titre pendant la période de stabilisation.

Combien de temps dure la période de stabilisation ?

Pour une introduction en Bourse, la réglementation européenne limite la stabilisation à une période de 30 jours calendaires au maximum à compter du début des négociations. Les dates exactes figurent dans le prospectus et un communiqué est publié à la fin de la période.

La stabilisation garantit-elle que le cours ne baissera pas ?

Non. La stabilisation est une faculté et non une obligation pour l'agent stabilisateur, et ses moyens sont limités par la taille de la surallocation. Le cours peut passer sous le prix d'introduction pendant la période comme après, ce qui expose l'investisseur à un risque de perte en capital.

Où trouver les informations sur la clause d'extension d'une IPO ?

Les plafonds de la clause d'extension et de l'option de surallocation sont indiqués dans la note d'opération du prospectus, dans la partie consacrée aux conditions de l'offre. Le communiqué de résultat précise ensuite si la clause d'extension a été exercée.