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Actions nouvelles ou actions cédées : qui reçoit l'argent d'une introduction en Bourse ?

Par Rémi de Truchis de Varennes7 min de lecture

Sommaire

Dans une introduction en Bourse, les actions nouvelles sont créées par une augmentation de capital : l'argent levé va à l'entreprise. Les actions cédées sont vendues par des actionnaires existants : l'argent va à ces actionnaires, pas à la société. Une même offre combine souvent les deux, et la proportion entre elles dit beaucoup sur l'objectif réel de l'opération. Cet article explique comment lire cette répartition dans le prospectus et comment l'interpréter, exemple fictif à l'appui.

Ce critère fait partie de notre checklist pour analyser une introduction en Bourse, qui en compte dix au total.

Quelle différence entre offre primaire et offre secondaire ?

L'offre primaire : une augmentation de capital

La société émet des actions qui n'existaient pas avant l'opération. Les investisseurs qui les achètent apportent de l'argent frais à l'entreprise, qui l'utilise pour financer ses projets : investissements, recrutements, acquisitions, réduction de la dette. On parle d'augmentation de capital.

Conséquence directe : le nombre total d'actions augmente. Les actionnaires existants qui ne participent pas voient leur pourcentage de détention diminuer, c'est la dilution.

L'offre secondaire : une cession d'actions existantes

Des actionnaires déjà présents au capital (fondateurs, fonds d'investissement, salariés, parfois l'État ou une maison mère) vendent tout ou partie de leurs titres. Le nombre total d'actions ne change pas. L'argent payé par les nouveaux investisseurs va aux actionnaires cédants, et l'entreprise n'en reçoit rien.

Tableau comparatif

Critère Actions nouvelles (primaire) Actions cédées (secondaire)
Origine des titres Créés par la société Déjà détenus par des actionnaires
Qui reçoit l'argent ? L'entreprise Les actionnaires cédants
Nombre total d'actions Augmente Inchangé
Effet sur les actionnaires existants Dilution Réduction de la participation des seuls cédants
Objectif typique Financer le développement Liquidité, sortie d'investisseurs

Pour une vue d'ensemble du déroulement d'une opération, consultez notre guide complet de l'introduction en Bourse.

Comment lire la répartition dans une offre ?

Où trouver l'information

Le prospectus indique toujours le nombre d'actions nouvelles et le nombre d'actions cédées. Vous les trouverez :

  • dans le résumé, en début de document, qui présente les caractéristiques principales de l'offre ;
  • dans la partie modalités de l'offre de la note d'opération, avec l'identité des actionnaires cédants et le nombre de titres vendus par chacun ;
  • dans la section raisons de l'offre et utilisation du produit, qui précise le produit brut et net revenant à la société ;
  • dans le tableau de répartition du capital avant et après l'opération.

Notre article sur comment lire un prospectus d'introduction en Bourse vous aide à vous repérer dans ces sections.

Attention aux mécanismes d'ajustement

La taille de l'offre peut augmenter après le lancement. La clause d'extension et l'option de surallocation portent parfois sur des actions nouvelles, parfois sur des actions cédées, parfois sur les deux. La répartition finale peut donc différer de l'offre de base. Notre article sur la clause d'extension et l'option de surallocation détaille ces mécanismes.

Raisonnez donc sur plusieurs scénarios : offre de base, offre après extension, offre après extension et surallocation. Le prospectus présente en général ces scénarios dans ses tableaux.

Le calcul à faire

Une fois les chiffres en main, calculez simplement :

  • part primaire = nombre d'actions nouvelles / nombre total d'actions offertes ;
  • part secondaire = nombre d'actions cédées / nombre total d'actions offertes ;
  • participation conservée par chaque cédant après l'opération, à partir du tableau d'actionnariat.

Ce dernier point est souvent plus parlant que le ratio global : un actionnaire qui vend 20 % de ses titres et en garde 80 % n'envoie pas le même message qu'un actionnaire qui vend tout.

Pourquoi une offre majoritairement secondaire mérite-t-elle un examen ?

Ce que l'offre secondaire peut signaler

Quand la majorité de l'argent levé va aux vendeurs, la question à se poser est simple : pourquoi vendent-ils maintenant, et à ce prix ? Les actionnaires historiques connaissent l'entreprise mieux que quiconque. S'ils jugent le moment opportun pour vendre, il faut comprendre pourquoi.

Quelques situations demandent une attention particulière :

  • des cédants qui sortent totalement du capital ;
  • des cédants qui ne sont soumis qu'à un engagement de conservation court sur leurs titres restants ;
  • une société qui a pourtant besoin de financement, mais dont l'offre profite surtout aux vendeurs ;
  • une part des fonds levés par la société qui sert à rembourser une dette due aux actionnaires cédants.

Ce n'est pas automatiquement négatif

Une offre secondaire a souvent des raisons parfaitement légitimes :

  • Le cycle du capital-investissement : un fonds investit pour une durée limitée et doit restituer l'argent à ses propres investisseurs. L'introduction en Bourse est l'une de ses voies de sortie habituelles. Une sortie progressive, avec une participation conservée et un lock-up, est un schéma classique.
  • La liquidité des fondateurs : après des années à avoir tout misé sur l'entreprise, un fondateur peut vouloir diversifier une petite partie de son patrimoine. C'est rassurant s'il conserve l'essentiel de ses titres.
  • Une entreprise qui n'a pas besoin d'argent : une société rentable qui génère déjà sa trésorerie n'a pas forcément intérêt à se diluer. L'introduction sert alors surtout à créer un marché pour ses actions.

L'offre secondaire est donc un signal à examiner, pas un verdict. Ce qui compte est le contexte : participation conservée, durée du lock-up, besoins de financement de l'entreprise et niveau de valorisation demandé.

Exemple chiffré (fictif)

Les données ci-dessous sont entièrement fictives et servent uniquement à illustrer le calcul.

La société imaginaire « Société Exemple » compte 30 millions d'actions avant son introduction. Son principal actionnaire est un fonds d'investissement qui en détient 18 millions (60 %), le fondateur en détient 12 millions (40 %). Le prix d'introduction est fixé à 10 € par action.

L'offre de base porte sur 10 millions d'actions :

  • 3 millions d'actions nouvelles émises par la société ;
  • 7 millions d'actions cédées par le fonds.

Les calculs :

  • Part primaire : 3 / 10 = 30 % ; part secondaire : 7 / 10 = 70 %.
  • Montant total de l'offre : 10 millions × 10 € = 100 millions d'euros.
  • Argent reçu par la société (avant frais) : 3 millions × 10 € = 30 millions d'euros.
  • Argent reçu par le fonds : 7 millions × 10 € = 70 millions d'euros.
  • Nombre total d'actions après l'opération : 30 + 3 = 33 millions.
  • Participation du fonds après l'opération : (18 - 7) / 33 = 11 / 33, soit environ 33 %.
  • Participation du fondateur : 12 / 33, soit environ 36 % (il ne vend rien mais il est dilué par les actions nouvelles).

Lecture : l'offre est majoritairement secondaire, mais le fonds conserve environ un tiers du capital. Pour aller plus loin, vous chercheriez dans le prospectus la durée de son engagement de conservation, l'usage prévu des 30 millions levés par la société et la cohérence du prix avec les sociétés cotées comparables. Si, à l'inverse, le fonds vendait la totalité de ses 18 millions d'actions, la lecture serait différente et le prix demandé mériterait un examen encore plus attentif.

Comment intégrer ce critère dans votre analyse ?

Ce critère ne s'analyse jamais isolément. Croisez-le avec :

  • la valorisation : une offre surtout secondaire à un prix élevé par rapport aux comparables cumule deux points d'attention ;
  • les engagements de conservation des cédants sur les titres qu'ils gardent ;
  • l'utilisation des fonds levés par la société ;
  • le flottant créé par l'opération.

Sur IPO Arena, la répartition entre actions nouvelles et actions cédées figure dans la présentation de chaque introduction en Bourse européenne suivie, ce qui vous permet de repérer ce point dès le lancement de l'offre. Notre article sur les signaux d'alerte d'une introduction en Bourse le replace parmi les autres points de vigilance.

Questions fréquentes

Une introduction en Bourse est-elle toujours une augmentation de capital ?

Non. Une introduction peut se faire uniquement par augmentation de capital, uniquement par cession d'actions existantes, ou combiner les deux. Le prospectus précise toujours le nombre d'actions nouvelles et d'actions cédées.

Les actions nouvelles et les actions cédées ont-elles les mêmes droits ?

En général oui : une fois l'opération réalisée, les actions offertes appartiennent à la même catégorie et sont cotées sur la même ligne. Le prospectus décrit les droits attachés aux actions et signale toute catégorie particulière.

Qu'est-ce que la dilution dans une introduction en Bourse ?

La dilution est la baisse du pourcentage de détention des actionnaires existants lorsque la société émet des actions nouvelles. Elle ne concerne pas les actions cédées, qui existent déjà. Le prospectus présente généralement l'incidence de l'émission sur la répartition du capital.

Une offre 100 % secondaire est-elle à éviter ?

Pas nécessairement. Une société rentable qui n'a pas besoin de financement peut s'introduire pour donner de la liquidité à ses actionnaires. Il faut alors regarder qui vend, quelle part ils conservent, la durée de leur engagement de conservation et le niveau de valorisation.